Gorbatchev, aimé en occident et détesté en Russie.

Extrait

« Parfois, vos journalistes insinuent que les Russes sont soumis, stupides et serviles. Ne crois pas ça Milo. Nous sommes lucides. Mais vois-tu, presque tous ceux qui sont en âge de voter ont connu le chaos de la perestroïka, puis à nouveau en 1998 où la plupart d’entre nous n’avions rien dans le frigo. Nous rentrions chez nous le soir et constations qu’on nous avait volé un fer à repasser, une chaise ou de la nourriture. À ce moment-là, Elena était rouge de colère et s’était levée de toute sa hauteur pour débiter cette violente diatribe.
–Pourtant Gorbatchev vous a apporté la liberté. Il a ouvert le pays. Vous pouvez venir en France et vous exprimer sur internet. Pourquoi se plaindre de la perestoïka ? s’étonna Milo.
–La liberté de sortir pour voyager, c’est vrai. Mais c’est relatif. Avec nos salaires du bon peuple, si le rouble déjà faible s’écroule, plus personne ne peut partir faire du tourisme hors de nos frontières, sauf ceux qui sont au pouvoir, objecta Svetalana. Mais ce qu’ignorent les Occidentaux, c’est qu’au moment où l’empire soviétique s’est effondré, les Russes avaient toutes leurs économies dans les banques. Jusqu’à la fin des années quatre-vingt, il fallait mettre de côté pendant quinze ans pour s’offrir une voiture. Et surtout il fallait attendre pour en avoir une, donc garder ces sommes astronomiques à la banque ou sous un matelas. Par ailleurs, il n’y avait rien à acheter d’autre. Le logement […] »

Extrait de: BORIS GEISER. « LA DOUCE TORPEUR. »

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