1936. L’express Lyon-Océan

« La boîte rose, ajouta le père Jarousseau en secouant son doigt.
—  Mongars prit la boîte en fer ornée d’arabesques roses, dorées et quelques images ressemblant aux dessins des tapisseries de Beauvais. Il la déposa sur la table près du père Jarousseau. Ce dernier l’ouvrit avec précaution. Il écarta quelques photos puis sorti un une page découpée d’un vieux journal. Il la déplia devant Mongars et pointa l’index sur l’article le plus long en fixant Loïc.
—  Lisez, tout est là.
Mongars scruta le haut de la page pour repérer la date et le nom du journal. L’Ouest Éclair. 7 juillet 1936. Puis il se mit à lire le papier.
En gros titre sur deux colonnes :

 

LES PASSAGES A NIVEAU SANGLANTS

Le conducteur, un transporteur de bestiaux, est tué sur le coup.
Un drame de plus vient de se dérouler à un passage à niveau : un père de six enfants, dont l’aîné a 11 ans, a été horriblement déchiqueté dans de lamentables circonstances.

« TUÉ SANS S’ÊTRE RENDU COMPTE DE RIEN »

« Tous les matins, l’express passait là à 5 h 30, et a plus de 100 à l’heure. Hier, une brume intense lui avait occasionné trois minutes de retard. Près du passage à niveau 278, la locomotive d’un train de marchandises faisait son plein d’eau. Sans s’occuper de rien, le garde-barrière se dirigea vers le passage à niveau pour l’ouvrir. Théoriquement, il devait ouvrir la barrière opposée à celle se trouvant devant l’automobiliste qui demandait le passage. Il ne respecta pas le règlement. Il ouvrit la barrière la plus près de l’automobiliste, permettant ainsi à ce dernier de s’engager sur la voie ferrée et là, d’attendre l’ouverture de la seconde barrière. Au même instant on entendit des coups de sifflet stridents dans la brume.
Le mécanicien du Lyon – Océan savait que près du passage à niveau une locomotive faisait son plein d’eau tous les matins à 7 heures et il voulait prévenir des employés de chemin de fer qui auraient pu commettre l’imprudence de descendre à contre-voie.
Le chauffeur du camion entendit-il les coups de sifflet ? Il n’y prêta sans doute aucune attention. Le garde-barrière ouvrait sa seconde barrière. Au même instant, un choc effroyable se[…] »

Extrait de: BORIS GEISER. « LA DOUCE TORPEUR. »

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