Le chalet d’Henri

Extrait

« Le chalet avait absorbé une ancienne chapelle. L’autel de pierre miroitait de verts, bleus et rouges, reflets du soleil filtré par un vitrail. À peine transformé, il faisait office de bureau sur lequel s’étalaient un sous-main, quelques cahiers, un dictionnaire des synonymes, un gros Petit Robert, un vieux plumier, un ordinateur, un joli calice près d’une bouteille de blanc de Savoie et d’une bouteille d’eau, un Opinel surveillé par un saucisson sec bien entamé. Milo ne put s’empêcher de ricaner de plaisir en découvrant que face au bureau, cinq rangées de vieilles chaises feignaient de laisser penser que de pieux pratiquants venaient écouter la messe d’un curé moderne et studieux. Mais un projecteur orienté vers le fond de la nef justifiait une assemblée possible de spectateurs. Des cordes, sacs, piolets étaient pendus à des patères sur les murs qui avaient dû autrefois accrocher les tableaux représentant le traditionnel chemin de croix dans les églises catholiques.
–Allez, viens, nous allons nous installer dehors. La pluie n’est pas encore là. Profitons-en.
Milo attardait son regard sur une mitre d’évêque mitée, juchée d’un gros casque audio hi-fi, posée sur un prie-Dieu.
–Astucieux, lâcha-t-il en souriant. Le casque est bien calé entre les deux pointes.
–Tu rigoles ! C’est mon chapeau quand il fait froid ! J’aime bien écrire en écoutant de la musique, rétorqua Henri d’un gloussement narquois. »[…] »

Extrait de: BORIS GEISER. « LA DOUCE TORPEUR. »

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